L’imprudence à vélo ?

Mis en avant

Cycliste des villes pour traverser l’agglo en veston, cycliste des champs pour me balader dans la campagne, et cycliste des routes sur mon bolide en carbone, la cohabitation avec certains automobilistes est parfois bien compliquée. Principalement quand j’enfourche le vélo de course.
Et pourtant, dans les trois situations, j’applique exactement les mêmes principes de conduite. Un seul objectif : la sécurité. La sécurité des piétons, bien évidemment, mais aussi ma propre sécurité. Les voitures sont un élément à prendre en compte, mais pas à protéger. Car au pire, elles risquent une petite éraflure.
Le premier principe est que le différentiel de vitesse avec les autres usagers de la route soit le plus faible possible. Le deuxième principe est d’exister autant que les véhicules les plus imposants. Enfin, le troisième est d’être le plus loin possible des véhicules motorisés et de préférence devant, pour être visible notamment.

Cette article n’engage que son auteur, et il faut y voir une légère pointe de provocation.

Lorsque je roule à 15 km/h, je n’ai rien à faire sur une grosse départementale. Mais quand je roule à 40 km/h, je n’ai rien à faire sur une véloroute, et encore moins, sur une piste cyclable.
En ville, il y a des piétons qui marchent à 5 km/h sur les pistes cyclables. Il m’arrive souvent de rouler à 10 km/h ; dans ce cas j’emprunte ces pistes … s’il y en a. Mais lorsque je roule à 30 km/h ; je prends la route, même si la piste est obligatoire. En vélo de course, je ne prends jamais les pistes cyclables de ville. C’est tout simplement trop dangereux.
C’est cette règle du différentiel qui conditionne le choix de la voie empruntée. Certes, j’adapte ma vitesse à la voie (virage, descente en ville), mais j’adapte d’abord la voie à la vitesse. Lire la suite

Comment évacuer les voitures : l’exemple nantais

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Depuis quelques années, Nantes mène une politique offensive en matière de reconquête de l’espace au profit des piétons et des vélos. Peu à peu, l’automobile est évacuée de l’ensemble du centre-ville.

Au détour d’un article de Métro France, on apprend qu’à Nantes, « vélo et marche à pied remplacent la voiture« . On a vu récemment que Nantes était en pointe en matière de vélos triporteurs et biporteurs, car la métropole nantaise subventionne l’achat de ce type de vélos.


La Place Royale de Nantes il y a quelques années


La Place Royale aujourd’hui… sans voitures

Les derniers chiffres de mobilité montrent que les choses évoluent dans le bon sens à Nantes. Nantes métropole a mené en effet une grande enquête sur l’évolution des déplacements entre 2008 et 2012 (pdf). Résultat: la part de la voiture dans les déplacements est passée de 57% en 2008 à 50,9% en 2012. Et cette évolution concerne l’ensemble de l’aire urbaine de Nantes, pas seulement le centre-ville ou la commune.

La part du vélo est passée quant à elle de 2% en 2008 à 4,5% en 2012, une augmentation « plus importante que prévue ». Ce n’est pas encore le Pérou, mais c’est malgré tout une évolution notable. En outre, d’ici à 2014, l’aménagement de deux grands itinéraires cyclables nord-sud et est-ouest, devraient renforcer cette tendance. Ils rejoindront le cœur de Nantes: de Rezé à la place du Pont-Morand, et de Malakoff au quai de la Fosse.

Par ailleurs, Nantes Métropole a été désignée comme ville hôte pour la conférence mondiale Velo-city 2015, ce qui récompense une politique cyclable locale très active. En plus, c’est la première fois qu’une ville de moins d’un million d’habitants accueille le congrès Velo-city.

Les trajets piétons passent eux de 24% en 2008 à 26,8 % en 2012 alors que l’utilisation des transports collectifs reste stable, à 15,8%.

Et Nantes Métropole s’est dotée d’objectifs pour le moins ambitieux, d’ici à 2030, l’agglomération veut faire baisser la part des voitures à 40 %, et augmenter à 58% la marche, le vélo et les transports en commun. Nul doute que l’objectif pour 2050 sera de faire passer la part de la voiture à 20% puis à 0% en 2070!

Dans le même temps, l’aménagement de l’espace public se poursuit. En ce moment, la Place Graslin est en cours de rénovation avec pour objectif, là encore, d’évacuer les voitures.


La Place Graslin aujourd’hui… comme dans les années 1970.


Le projet d’aménagement de la Place Graslin (en cours)

Il ne s’agit pas ici d’apprécier l’éventuelle qualité architecturale des projets urbains, mais de constater que l’évacuation des voitures est un phénomène de fond à Nantes.

Et pour mettre en musique cette nouvelle politique, la ville de Nantes a eu la bonne idée d’éditer un Guide intitulé « Tout savoir pour se déplacer dans le centre-ville » (pdf).

On peut y voir des cartes plutôt intéressantes comme celle-ci qui montre l’extension des espaces piétonniers sur la période récente. Bien sûr, cela concerne « seulement » quelques dizaines de rues, à comparer aux centaines de rues de la ville, mais ce sont des rues ou des places emblématiques, centrales et parfois fondamentales pour la traversée du centre.

Sur cette autre carte, la ville de Nantes compare les temps de parcours selon les modes de déplacement pour rejoindre les deux extrêmes du centre-ville, de la place Graslin à l’Ouest au Musée des Beaux-Arts à l’Est, soit sur environ 1.400 mètres en ligne droite. Selon cette comparaison, la voiture est à peine plus rapide que le piéton car elle doit faire un parcours de plus de 2.000 mètres pour rejoindre sa destination. Le vélo est près de deux fois plus rapide que la voiture pour traverser le centre de la ville d’Est en Ouest.

Également, on apprend dans ce guide que la zone limitée à 30 km/h est passée à Nantes de 10 à 100 hectares, une belle progression avant d’envisager une généralisation complète à l’échelle de la ville?

Dans le même temps, le Cours des 50 otages, l’artère centrale de Nantes qui traverse la ville du Nord au Sud, va être encore plus contrainte pour la voiture avec pour objectif d’enlever 10.000 véhicules/jour. Il faut quand même rappeler que cet axe central avait 7 files de circulation automobile dans les années 1970! Aujourd’hui, il bénéficie du tramway et d’une future allée centrale réservée aux vélos alors que dans le même temps, plus de 50.000 piétons le fréquentent chaque jour!

On le voit, pour faire diminuer la part de l’automobile dans les déplacements, il ne suffit pas de proposer des alternatives en tablant sur le fait que les automobilistes sont des gens intelligents qui abandonneront leur voiture si on leur fournit des espaces piétonniers ou des pistes cyclables. La clé de la réussite, c’est plutôt la capacité à supprimer l’espace automobile. En fermant les voies et les places à la circulation automobile, vous contraignez tellement la circulation automobile que cela devient un calvaire de prendre sa voiture au quotidien, surtout quand on fait en plus ses comptes à la fin du mois…

Nantes semble donc sur la bonne voie en matière de mobilité urbaine. La ville de Jean-Marc Ayrault voudrait-elle faire oublier sa passion inavouable pour le bétonnage d’aéroports inutiles en pleine nature?

 

Source : http://carfree.free.fr/index.php/2013/02/05/comment-evacuer-les-voitures-lexemple-nantais/

Les perles du vélo au Havre 4 : avenue du 8 mai

Aujourd’hui, un témoignage d’Agibi !

« Je suis amené à travailler dans les armoires télécom de par mon boulot, celles de l’avenue du 8 mai ont été déplacées, mais l’emplacement ne me paraît pas judicieux par rapport aux pistes cyclables car une fois ouvertes et le technicien dedans, les cyclistes doivent faire un écart…

Mais bon vous me direz, il reste le trottoir ! 

Compteur kilométrique de pistes enclenché par la ville sans forcément de réflexion et de jugeotte sur les usages, comme d’habitude! »

Heureusement, Agibi est parti !

Les perles du vélo au Havre 3 : devant le cinéma des Docks

Vu le prix des places de cinéma, économiser l’essence et aller au Gaumont des Docks Vauban en vélo est une solution intelligente.

Les arceaux à vélo se trouvant à l’autre bout du bassin, la piste cyclable longe donc le centre commercial le long du quai des Antilles.

Mais le plus intrigant dans cette affaire, c’est qu’on aimerait tellement que vous consommiez sans cesse qu’on vous empêche de partir…

…comme à droite

A gauche…

Perles du Vélo au Havre 2 : Autour du grand stade

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Si le tour du Grand Stade comme but de balade peut paraître discutable…, c’est en tous cas la volonté de ses concepteurs à en croire la communication de la CODAH.

Ils ont donc prévu des pistes cyclables qui font le tour du site, agrémentées de jolies plantations d’arbustes … qui les rendent impraticables !

Mais qu’importe le compteur du linéaire de pistes cyclables augmente…

… rendue impraticable

Une belle piste toute neuve…

Invitation à la conférence de presse pour la naissance du collectif

Le Havre Vélorution
invitation à la conférence de presse pour la naissance du collectif

mercredi 16 mai 18h30 au Be-Pop Café 44 rue Georges Braque

Les deux dernières Vélorutions d’octobre et d’avril, regroupant une centaine de participants, viennent de donner naissance au collectif LH-Vélorution. Au delà de l’organisation des prochaines Vélorutions, le collectif se donnera pour objectif de porter collectivement la parole des cyclistes souhaitant promouvoir des transports doux et apaisés au Havre.
Mercredi 16 mai, vous être cordialement invité au Be-Pop Café, pour la présentation du collectif (son fonctionnement, ses objectifs et les prochaines dates d’actions).

Comptant sur votre présence,
Le collectif LH-Vélorution

L’imprudence à vélo ?

Cycliste des villes pour traverser l’agglo en veston, cycliste des champs pour me balader dans la campagne, et cycliste des routes sur mon bolide en carbone, la cohabitation avec certains automobilistes est parfois bien compliquée. Principalement quand j’enfourche le vélo de course.
Et pourtant, dans les trois situations, j’applique exactement les mêmes principes de conduite. Un seul objectif : la sécurité. La sécurité des piétons, bien évidemment, mais aussi ma propre sécurité. Les voitures sont un élément à prendre en compte, mais pas à protéger. Car au pire, elles risquent une petite éraflure.
Le premier principe est que le différentiel de vitesse avec les autres usagers de la route soit le plus faible possible. Le deuxième principe est d’exister autant que les véhicules les plus imposants. Enfin, le troisième est d’être le plus loin possible des véhicules motorisés et de préférence devant, pour être visible notamment.

Cette article n’engage que son auteur, et il faut y voir une légère pointe de provocation.

Lorsque je roule à 15 km/h, je n’ai rien à faire sur une grosse départementale. Mais quand je roule à 40 km/h, je n’ai rien à faire sur une véloroute, et encore moins, sur une piste cyclable.
En ville, il y a des piétons qui marchent à 5 km/h sur les pistes cyclables. Il m’arrive souvent de rouler à 10 km/h ; dans ce cas j’emprunte ces pistes … s’il y en a. Mais lorsque je roule à 30 km/h ; je prends la route, même si la piste est obligatoire. En vélo de course, je ne prends jamais les pistes cyclables de ville. C’est tout simplement trop dangereux.
C’est cette règle du différentiel qui conditionne le choix de la voie empruntée. Certes, j’adapte ma vitesse à la voie (virage, descente en ville), mais j’adapte d’abord la voie à la vitesse.

Quasiment tous les mois, un cycliste est tué en Seine-Maritime. Et ce n’est jamais par imprudence du cycliste. Un groupe de cyclistes frôlé. Un conducteur qui s’endort. Une voiture qui doublait en face. Une priorité grillée …
Le danger vient de l’automobile. L’énergie cinétique d’une voiture est 75 fois supérieure à celle d’un cycliste. Et il n’est pas toujours évident, à l’intérieur d’une voiture, d’en mesurer l’intensité.
Alors, je m’en protège. Pour cela, je m’impose au point qu’aucun automobiliste ne puisse m’ignorer. Je ne me rends pas uniquement visible. Je prends la même place qu’un 4×4 pour être considéré comme tel. Pour qu’on ne s’approche pas de moi, pour qu’on ne m’encercle pas. Si je ne faisais pas cela, j’aurais été renversé plus d’une fois.

Alors, je roule souvent au milieu de la voie (pas de la route, hein !), ce qui, j’en conviens, peut paraitre gênant et dangereux pour les automobilistes. Et pourtant, j’ai de bonnes raisons.
Quand la route est étroite, dans des virages, et plus généralement quand la situation ne permet pas qu’on me double en sécurité, je me cale progressivement dans la demi-partie gauche de la voie. Puis, dès que la situation me parait sécurisante pour tous, je me range à droite, et je jette un coup d’œil derrière pour inviter l’automobiliste à passer. Nous avons une conscience plus juste de la vitesse et de l’environnement lorsque nous sommes sur un vélo que lorsque nous sommes dans une voiture confortable. C’est moi qui décide quand on me double.
En fait, les seules fois où je suis « victime » d’un dépassement hasardeux, à toute vitesse, et à moins d’un mètre de moi, c’est quand je rêvasse et que je me suis rangé à droite inconsciemment. Ce qui arrive malheureusement souvent aux plus timides, les déjà-pas-très-à-l’aise, qui restent consciencieusement à droite. Pour être doublé en toute sécurité, il faut s’assurer de réduire le différentiel de vitesse avec la voiture qui double, quitte à forcer le ralentissement en envahissant la voie …

En ville, le mieux est quand même d’être devant les voitures et les bus, surtout dans les passages délicats tels que les ronds-points et les dos d’âne, où les cyclistes passent avec beaucoup plus de fluidité. C’est pour cette raison, qu’à l’approche des ronds-points, j’empêche les voitures de doubler. Par la même occasion, j’évite de me retrouver dans leur angle mort. Ce qui ne les gène pas, puisqu’en vélo de course, je roule au moins aussi vite que les automobiles.
Il en est de même aux carrefours et aux feux rouges, c’est nettement plus sécurisant de s’échapper de l’intersection avant que le flot chaotique de voitures ne l’envahisse. Sans parler de l’intérêt d’échapper aux fumées et aux bruits.

Et le code de la route, me direz-vous ? Ce code de la route a été conçu à cause des voitures, et il n’est pas toujours adapté aux vélos. On va donc dire que c’est l’esprit du code qu’il faut respecter, mais que c’est surtout la sécurité qui prime.
Je n’aurais jamais l’idée de griller un feu rouge en voiture. Mais à vélo, je n’aurais jamais l’idée de passer au vert sans prendre soin de vérifier autour de moi. J’ai plus confiance à la bonne vision du cycliste qu’à une règle figée pour passer.
D’ailleurs les pouvoirs publics l’ont compris. Ils ont permis le « tourne à droite » qui permet aux cyclistes de tourner à droite (voire d’aller tout droit) alors que le feu est au rouge, tout en cédant la priorité aux autres usagers. Le feu rouge devient alors un simple « céder le passage ». La circulation est ainsi fluidifiée sans que notre sécurité en soit altérée. Si la loi a toujours du retard sur le bon sens et l’usage, une telle mesure tend à aller dans le bon sens, celui du vélo. Elle prouve également qu’il reste des choses et des mentalités à faire évoluer.

Ce qui est décrit ici est surtout valable en vélo de course. En balade, que ce soit en ville ou en campagne, comme je vais lentement, il est plus facile de me doubler en sécurité. Ainsi, j’aurais plutôt tendance à encourager les automobilistes à ne pas rester collés derrière moi, et à leur faciliter la tâche (ils sont d’ailleurs nombreux à doubler prudemment). Dans tous les cas, mon objectif n’est pas d’ennuyer les automobilistes, mais de me créer une situation de sécurité, quitte à forcer la main aux quelques conducteurs qui n’ont conscience que d’eux-même.

Pour finir, je reconnais volontiers que mon comportement est aussi motivé par le regard critique que je porte sur la société de la voiture.
Cette société qui est totalement devenue esclave de sa liberté de se déplacer, et de son besoin de mobilité. Cette société étant incapable d’envisager l’hyper-mobilité sans utiliser deux tonnes d’acier par personne. N’a-t-elle donc pas conscience que la voiture est un luxe éphémère, que ce n’est pas un dû, et que le prix réel à payer va bien au-delà des mensualités, du carburant et de l’entretien ? Que la voiture prend trop de place, dans nos vie, dans nos têtes et dans l’espace ? Notre société n’est-elle pas capable d’imaginer faire autrement ?
Et pourtant, il le faudrait. Le danger, l’absurdité, l’insoutenabilité et l’imprudence sont du coté de la voiture … pas du vélo.

Stéphane Madelaine avec dans sa roue les copains de Un Projet de Décroissance
http://www.projet-decroissance.net/
http://lh-velorution.fr/
http://www.haute-normandie-decroissance.fr/

Version originale :
Cet article a été publié la première fois sur Carfree. Il est publié ici avec quelques modifications
http://carfree.fr/index.php/2017/03/20/limprudence-a-velo/

Pour aller plus loin :
http://lavilleavelo.org/2010/12/13/comment-eviter-detre-percute-par-une-voiture/
http://www.huffingtonpost.fr/jessica-dubois/pourquoi-les-cyclistes-grillent-les-feux-rouges-et-pourquoi-il/
http://geographiesenmouvement.blogs.liberation.fr/2016/10/12/grillons-les-feux-rouges/
Et aussi :
http://www.creusot-infos.com/news/vie-locale/le-creusot/coup-de-gueule-messieurs-les-cyclistes-vous-n-etes-pas-seuls-au-monde.html